Il existe des instruments dont la vocation dépasse le simple usage. Le chronographe d'aviateur en fait partie.
Né pour mesurer, il a évolué pour survivre aux vibrations du cockpit, aux rigueurs du combat aérien, aux exigences des besoins en vol. Chaque avancée technique qu'il a connue ne doit rien au caprice esthétique : elle répond à une contrainte réelle, posée par un pilote, un ingénieur, ou un cahier des charges militaire.
C'est cette histoire-là que nous racontons ici : celle des montres qui ont accompagné les pionniers de l'aviation, des premiers chronographes-bracelet aux montres lunaires, des grandes maisons horlogères aux commandes militaires françaises. Une histoire qui ne se lit pas dans les vitrines des joailliers, mais dans les cockpits, sur les poignets gantés de ceux qui ont repoussé les limites du ciel.
C'est aussi cette histoire qui a guidé, techniquement et philosophiquement, la conception de la Waypoint - le chronoscope de la marque de montres française DÉDALE, conçu par un mécanicien aéronautique et pilote, pour que l'héritage de ces montres d'exception ne reste pas seulement dans les livres.
UNE ALLIANCE STRATÉGIQUE
La navigation aérienne impose de calculer estimées, durée de vol, consommation… Le chronographe devient alors un instrument de bord à part entière, aussi vital que le compas ou l’altimètre.
Quelques chronographes qui ont marqué la conquête du ciel et au-delà :
1913
Longines 13.33Z / Omega CHRO 18'''
Le Longines 13.33Z est le premier chronographe-bracelet. Doté d’une roue à colonnes, d’un compteur 30 minutes et d'un mono-poussoir situé sur la couronne, ce chronographe fait de Longines le fournisseur de la Fédération Aéronautique Internationale dès 1919.
Parallèlement, Omega sortit leur premier chronographe-bracelet équipé du calibre CHRO 18'''. Aspect peu commun, le poussoir du chrono est situé à 6h, ce qui en fait le premier chronographe-bracelet à poussoir indépendant (Breitling déposera un brevet pour le poussoir indépendant à 2h, mais deux ans plus tard).

Longines 13.33Z ~1913 / Omega CHRO 18''' ~1913 | Crédit : Alexandre Landre
1934
Breitling
Breitling standardise l’architecture du chronographe en introduisant officiellement un second poussoir indépendant à 4h, dédié exclusivement à la remise à zéro. Cette innovation, brevetée par Willy Breitling, marque l’apparition de la configuration moderne à deux poussoirs : un à 2h pour démarrer et arrêter la mesure, un à 4h pour la remise à zéro.

Publicité du premier chronographe deux poussoirs indépendants | Crédit : Breitling
Mais...
Innover sans prétention

Longines avec calibre 13.33Z modifié avec fonction Flyback - 1929 | Crédit : Longines
1936
Longines réf. 3770 - Calibre 13ZN
Ce calibre mythique est le premier chronographe flyback intégré, brevet déposé en juin 1935 et accordé en mars 1936.

Longines 13ZN - 1936 | Crédit : Longines
1938
Hanhart
Pendant la seconde guerre mondiale, Hanhart fournit les pilotes de l'armée de l'air (Luftwaffe) et de la Marine (Kriegsmarine, siglées KM) allemande avec des chronographes équipés du Calibre 40 muni d'un mono-poussoir. Différentes séries verront le jour : lunette fixe, lunette tournante bidirectionnelle avec un pointeur métallique, et enfin bidirectionnelle avec repère peint en rouge.
La date d'entrée en production fait encore débat aujourd'hui. 1938 est souvent reprise officiellement alors qu'un groupe de passionnés qui retrace en profondeur l'histoire de ce chronographe suppose que la production n'a commencé qu'en 1942, numéros de série à l'appui.
Le calibre 41, avec deux-poussoirs et Flyback (appelé "Temposchaltung” par la marque), arrive aux alentours de 1943. Le poussoir rouge servait de repère visuel pour éviter toute erreur de manipulation.

Hanhart non siglée, série monopoussoir Calibre 40 avec lunette tournante et pointeur métallique | Crédit : everywatch.com / Hanhart série double poussoirs Calibre 41 ~ 1943 | Crédit : Hanhart
1941
Tutima Glashütte Fliegerchronograph
Le groupe horloger allemand UROFA-UFAG fut fondé en 1926 par le Dr Ernst Kurtz. Il se composait de deux entités complémentaires : UROFA (Uhren-Rohwerke-Fabrik Glashütte AG), spécialisée dans la production d’ébauches, et UFAG (Uhrenfabrik Glashütte AG), dédiée à l’assemblage de montres complètes. Afin de désigner ses modèles les plus haut de gamme, le groupe créa la marque Tutima, dérivée du latin "tutus", signifiant " sûr " ou " protégé ". À l’origine, Tutima désignait ainsi exclusivement les montres de la plus haute qualité issues de la manufacture.
En 1941, Tutima développe le chronographe militaire d'aviateur destiné exclusivement à la Luftwaffe (armée de l'air allemande), calibre UROFA 59, avec fonction Flyback (appelé "Tempostopp" par la marque), d'une qualité supérieure à Hanhart.
À l'instar d'Hanhart, les dates officielles et celles après recherches approfondies font débat. La première série (qui a le même type de lunette tournante avec pointeur métallique que la Hanhart) serait entrée en service à partir de 1941, voir 1942.
En 1945, la veille de l'invasion par les Russes, les usines seront bombardées. Le Dr Kutz, au courant de ce raid aérien, prit la fuite avec certains de ses employés et parviennent à sauver quelques machines et outils essentiels. Ils s'installent à Memmelsdorf, en Allemagne de l'Ouest et continuent une petite production. En 1951, ils s’établissent à Ganderkesee. La nouvelle usine ouverte en 2008 à Glashütte annonce le retour de la marque à ses origines.

Tutima ~1942 / Tutima ~1943 | Crédit : glashuetteuhren.de
Durant l'occupation, la marque française Dodane était commissionné pour effectuer l'entretien des montres Hanhart et Tutima. Après-guerre, certaines montres seront assemblées à partir des pièces détachées restantes. Les cadrans seront rebadgés DOD et IRAM (possiblement 5 montres), marques appartenant à Dodane. 3 étoiles sont imprimées sur "Glashütte" pour en cacher la mention.

Tutima Glashütte rebadgée DOD | Crédit : Corsaire75 / Tutima Glashütte rebadgée IRAM | Crédit : glashuetteuhren.de
Certaines auraient servi au prototypage des futures Type 20.

Extrait du livre japonais de K. Imai- Tutima Glashütte rebadgée DOD et marquage Type 20 | Crédit : World Photo Press
1952
Breitling Navitimer
Sur la base de la Breitling Chronomat réf 769 apparue en 1942 - qui est le premier chronographe-bracelet à intégrer une règle à calculs non destinée à l'aéronautique - l'AOPA (Aircraft Owners & Pilots Association) demande à Breitling de concevoir une montre qui sera proposée exclusivement à ses membres : la Navitimer est née.
Elle est le premier chronographe-bracelet à intégrer une règle à calculs destinée à l'aéronautique, permettant les fonctions multiplications, divisions, vitesse horaire (à ne pas confondre avec l'échelle tachymétrique base 1000 mètres qui orne bon nombre de montres), consommation de carburant, moyenne et distance de descente ou d'élévation, conversion en miles nautiques, statuaires ou kilomètres, et enfin taux de change.
Une version grand public verra le jour en 1954, sous la référence 806.

Breitling Navitimer AOPA ~1952 | Crédit : Le Petit Poussoir / Breitling Navitimer 806 ~1955 / Crédit : Breitling
1954
Les "Type 20"
En France, le Ministère de la Défense Nationale et des Forces Armées élabore un cahier des charges baptisé Type 20, ouvrant un appel d'offres visant à équiper ses pilotes de chronographes robustes, fiables et précis.
Les spécifications clés, bien qu'il soit stipulé qu'elles ne soient pas impératives, incluent notamment (basé sur le programme technique Type 21 de 1956) :
| Mouvement mécanique manuel avec fonction Flyback* (pouvant également être appelée "Nocturne" chez Dodane) | Système anti-chocs | Réserve de marche minimale de 35 heures |
| Capacité à tenir plus de 300 cycles marche-arrêt de la fonction chronographe | Chiffres des heures 1 à 12 radioluminescents | Aiguilles radioluminescentes |
| Lunette mobile portant un repère radioluminescent qu'on peut placer, par rotation, en face et le plus près possible d'une graduation du cadran | Résistance à une accélération de 5G pendant 1 minute | Environ 37mm de diamètre |
VOIR LE PROGRAMME TECHNIQUE TYPE 21 ORIGINAL
Quatre maisons horlogères répondant à cet appel d’offres sont retenues :
Vixa Type 20 ~ 1954 | Crédit : Pascal Karp
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Vixa
Utilisant des mouvements et des composants allemands Hanhart saisis à titre de réparation de guerre. Environ 5000 exemplaires produits. Mouvement : Hanhart cal. 4054 / cal. 15 |
Auricoste
Montres fournies principalement à l'Aéronavale et quelques exemplaires au Centre des Essais en Vol (C.E.V.). Environ 2000 exemplaires produits. Une petite série d'exemplaires à également été fournie aux armées Argentines et Marocaines. Mouvement : Lemania 2040 (base Lemania 15tl avec ajout de la fonction Flyback) |
Auricoste Type 20 ~ 1954 | Crédit : l'Atelier du temps
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Breguet Type 20 ~ 1954 | Crédit : Artcurial
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Breguet
Montres fournies à l’Armée de l’Air (environ 2000 exemplaires avec compteur 30 minutes), à l’Aéronavale (environ 500 exemplaires) et au Centre d’Essais en Vol (possiblement 500 exemplaires avec 2 compteurs et 80 exemplaires avec 3 compteurs) ayant la particularité d'avoir un compteur 15 minutes au lieu de 30 minutes. Mouvement : Valjoux 222 (base Valjoux 22 avec ajout de la fonction Flyback) |
Dodane
(sous les marques Dodane, Airin, Airain, IRAM, DOD, Chronofixe - avec ou sans "e" - ou également sans marquage)
Ces marques fourniront l'Armée de l'Air avec quelques Type 20 mais principalement avec les Type 21 (environ 5000 exemplaires produits au total), quelques exemplaires seront également fournis à l'ALAT (Aviation Légère de l'Armée de Terre)
Mouvement : Valjoux 222 / Valjoux 231 / Valjoux 235

Chronofixe Type 20 ~ 1954 | Crédit : Cafenoir-montres.com / Dodane Type 20 ~ 1960 | Crédit : De Baecque / Dodane Type 21 ~ 1969 | Crédit : thewatchcollector.co.uk
1957
Omega Speedmaster
Initialement pensée pour les sports automobiles avec son échelle tachymétrique, la Speedmaster devient, après de rigoureux tests de la NASA, le chronographe officiel des missions spatiales Apollo.
Elle devient la première montre portée sur la Lune le 21 juillet 1969 au poignet d'Edwin Eugene - Buzz - Aldrin Jr. , Neil Armstrong ayant laissé la sienne dans le module lunaire.

Première édition de l' Omega Speedmaster CK2915-1 - 1958 | Crédit : Omega / Omega Speedmaster 105.012 "Moonwatch" - 1964 | Crédit : Luxo Time Firenze
1969
Arrivée des premiers chronographes automatiques
Plusieurs maisons horlogères Suisses dont Zenith et le groupement "Chronomatic" associant Heuer-Leonidas, Hamilton-Buren, Breitling et Dubois Dépraz se livraient une compétition pour créer le premier chronographe mécanique à remontage automatique.
Le Groupement Chronomatic, avec le calibre 11 (sous le nom de projet 99 débuté en 1965) annoncé simultanément le 3 mars 1969 à New-York et Genève, puis présentation des prototypes de montres exposés à Bâle un mois plus tard, ne seront commercialisés que l'été de cette même année.
Seiko Speedtimer "Pogue" 6139
Seiko développait en toute discrétion sa propre version : la Speedtimer 6139. Ce modèle aurait été le premier chronographe automatique commercialisé entre janvier et mars, en se fiant aux numéros de série. Certaines pièces Seiko 6139-6000 affichent des références de cadran indiquant une production de décembre 1968.
En 1973, lors de sa préparation à la mission Skylab 4, l’astronaute William Reid Pogue utilisa sa Seiko Speedtimer 6139-6005, n’ayant pas encore reçu sa montre de dotation officielle, l’Omega Speedmaster (chronographe mécanique à remontage manuel). Attaché à la fiabilité de sa Seiko, il décida de l’emporter avec lui dans l’espace aux côtés de l’Omega une fois celle-ci reçue.
Bien que non homologuée par la NASA, la Seiko 6139 devint ainsi le premier chronographe automatique à voyager dans l’espace, un exploit qui lui vaut aujourd’hui le surnom de "Pogue".

Seiko Speedtimer 6139-6005 | Crédit : Phelippeau / L'astronaute William R. Pogue et sa Seiko Speedtimer aux commandes du téléscope Apollo | Crédit : NASA
MENTION SPÉCIALE
1904
Cartier Santos
Impossible de terminer cet historique sans citer la Cartier Santos, première montre-bracelet conçue pour un usage masculin et fonctionnel.
Elle naît de l’amitié entre Louis Cartier et Alberto Santos-Dumont, pionnier brésilien de l’aviation, qui exprime son besoin de lire l’heure en vol sans sortir une montre de poche.
La Cartier Santos est la première montre-bracelet d'aviateur.

Cartier Santos - 1904 | Crédit : inconnu / Alberto Santos-Dumont | Crédit : inconnu
AUJOURD'HUI
Dédale Waypoint
À ce jour, aucun exploit historique, aucun brevet révolutionnaire, aucune première entrée dans les livres d’Histoire. Un désavantage ? Bien au contraire...
L'Histoire, c'est vous qui la façonnez à nos côtés. À votre manière, devenez nos pionniers, nos Santos-Dumont, Aldrin, Pogue, Newman ou encore McQueen (rien que ça !).
L'évolution est sans limite lorsqu'elle naît d'une page blanche.

LA MONTRE DU PILOTE MODERNE
Parce que l’Histoire est dans le cœur de chaque passionné, nous avons souhaité lui rendre honneur en intégrant le meilleur des plus belles montres d’aviateur évoquées plus tôt.
Mais plutôt qu’un simple clin d'œil au passé, ou de la réédition d’un nom oublié, nous avons conçu un véritable instrument d'aujourd’hui, un garde-temps pensé pour les exigences du pilote moderne : une montre fonctionnelle dans les airs, polyvalente au sol.
Dans le cockpit, la Waypoint privilégie fonctionnalité, lisibilité et précision. Son cadran clair, ses index rehaussés de Super-LumiNova, sa lunette bidirectionnelle 60 clics très précise et son mouvement à la pointe de la technique en font un allié infaillible lors des phases de vol.

Au quotidien, elle se révèle sous un autre jour. Ses finitions alternant brossé et poli, ses aiguilles facettées, ses index appliqués poli miroir, son insert saphir et son étanchéité à 10 bars lui confèrent ainsi une allure à la fois distinctive, résistante et sophistiquée. Ses détails subtils se révèlent un peu plus à chaque porté, offrant une expérience toujours renouvelée.
Accompagnée soit de notre bracelet en cuir italien pour la touche habillée et historique, soit du WingSteel, notre bracelet en acier inoxydable 316L au caractère affirmé pour une silhouette plus singulière et moderne, la Waypoint navigue avec aisance entre exigence technique et raffinement assumé.

INSTRUMENT DU TEMPS MAÎTRISÉ
Le chronographe, ou plutôt le chronoscope (voir article "L'histoire du temps qui ne s'écrit plus"), n’est donc pas une montre comme les autres. Il n’est pas un témoin passif du temps. Il est un outil. Un allié. Un instrument de prise de décision.
Du poignet des pionniers de l’aviation à celui des astronautes, il est resté fidèle à son rôle : mesurer le moment juste. Ce rôle, nous l’honorons dans notre collection Waypoint.
Sources et références
Breitling Chronomat - a short history, part 1: The Slide Rule Chronomats par Altro - Watchuseek
Omega Speedmaster History Part 1 – the early pre-moons par Brice Goulard - Monochrome
EXCLUSIVE: the truth about the real Armstrong’s and Aldrin’s Speedmaster references and how the Omega Speedmaster became the Moonwatch par Brice Goulard - Monochrome
La légende Seiko Pogue par Troy Barmore - Chrono24
Seiko’s 6139 Speedtimer In The Race To Create The World’s First Automatic Chronograph par Ghulam Gows - The Hour Markers
The Real Story of the Skylab 4 “Strike” in Space par John Uri - NASA
La vraie histoire du calibre El Primero par Fabienne Reybaud - Le Figaro
The 1916 Company - How to use slide rule bezel
Histoire de la Type20 - Le Petit Poussoir
Chronographe d’aviateur Type 59 - URSS.watch
Production of Hanhart & Tutima started in Autumn 1942: some evidence - vintage-time.de
Tutima Fliegerchronograph mit UROFA Kaliber 59 - glashuetteuhren.de
Tutima Glashütte - überdrucktes Zifferblatt (Dodane) par cfk - vintage-time.de
Essai sur l'histoire des DOD Tutima et DOD Hanhart par Corsaire75 - FàM
TUTIMA GLASHUTTE DOD (Dodane) par Corsaire75 - montresmécaniques
Tutima par Ambrose Lancaster - TimeTransformed
Saxony becomes Lower Saxony - Tutima
Historique montres militaires - Dodane
Un Airain pas courant par Corsaire75 - FàM
Tutima, pionnier de la montre-bracelet allemande par Benjamin Teisseire - Europastar
The Type 20: French Military Chronographs by Stephen Sugiyama - classicwatch.com
Début de la production en série du chronographe Type XX - Breguet
Rewriting History - Discovering the Earliest Flyback Chronograph Wristwatch par Dr Christian Müller - watchesbysjx
Archives personnelles


